J’ai eu tort…

Ma vie de poussette

Je suis née châssis unique, j’avais des cousins (les combis), des cousines (les cannes). Mes trois roues, mes jantes alus, une assise surélevée, faisaient de moi la Rolls de la poussette. Il y a un peu plus de 5 ans, j’ai été adoptée par cette famille. Au départ, on m’admirait, on m’appréciait, on paradait fièrement même lors de petites et longues promenades. Lors de la procédure d’adoption, la famille avait demandé toutes les options pour m’habiller et, au fil de la métamorphose de l’enfant, je passais de landau, à cosy puis à poussette. Chaque fois, c’était pour moi un honneur de protéger l’être que l’on me confiait (l’habillage pluie pour chaque support, les chancelières adaptées, rien n’était assez beau).

J’étais régulièrement brossée de la boue qui venait s’attacher à ma carrosserie, et lorsqu’exceptionnellement on ne sollicitait pas mes services, on me couvrait d’un plaid. Privilège suprême, j’entrais régulièrement dans la maison, mes roues soigneusement époussetées après chaque incursion au village. J’ai lu que certaines poussettes avaient ouvert un blog, j’enviais l’une d’entre elles installée sur Paris, j’envisageais de lancer mon propre site « Moi, Poussette en Cambrousse » ou encore « La Cambroussette, de l’herbe dans mes roues »…

Mais ce rêve s’est arrêté. Le petit être que j’avais aidé à grandir m’a progressivement abandonnée. Sur la fin, c’est même lui qui me poussait, son doudou confortablement lové contre mon sein. Puis on m’a remisée dans un garage où je faisais triste mine.

 Quelques années plus tard, la famille a eu un regain d’intérêt pour moi. À nouveau, on m’a confié un petit être. J’avais la joie d’être utile et d’offrir mes services, mais les attentions auxquelles j’avais eu droit autrefois ont disparues : terminé la couverture que l’on me mettait sur le dos en cas d’inutilisation prolongée, terminé l’accès à la maison après la promenade. Plus le temps passait, plus j’entendais des reproches à mon égard : « elle grince !», « elle est trop lourde ! », « même pliée, elle prend toute la place !», « il faut que l’on trouve une solution ! ». Je ne me méfiais pas, une famille ne pouvait pas changer ainsi ! Ce n’était qu’un état passager, cela ne pouvait empirer. J’avais tort… Dernièrement, croyant se débarrasser de moi, l’un d’entre eux m’a posée sur la poubelle ! Par chance, il n’y a pas eu de ramassage ce jour-là. Aujourd’hui je vis dans l’angoisse ; mes suspensions tremblent dès que l’on s’approche de moi, je ne sais vers qui me tourner… J’ai tellement peur de finir en pièces détachées !!! J’ai un regret : si seulement j’étais née Bugaboo Bee…

***

Billet écrit dans le cadre du concours d’E-Zabel :

Une Bugaboo Bee pour qui ?

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6 commentaires sur « J’ai eu tort… »

  1. Marrant cette histoire de poussette ! j’en ai une qui est sur le point de faire l’exploit d’avoir transporté mes trois loulous ( j’en ai fait un billet du coup ). Ceci étant dit, je ne serai pas contre de m’en débarrasser pour une nouvelle !!!

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