Chaud-froid

Elle pleurait la première fois que je l’ai entendue ce matin. Pressée de la soulager, je suis montée en enjambant les marches quatre à quatre. Drapée dans sa duvette, elle tend ses bras et ses joues rebondies et me chuchote un « pipi« .

J’enlève sa couche restée intacte durant la nuit et installe le royal fessier sur son trône attitré. Dès qu’elle a terminé, je prélève son dépôt et l’ajoute au compte courant.  Avec sa robe de chambre en guise de manteau d’hermine, elle encercle ses bras autour de mon coup et me déclare son premier « t’aime, Maman ! » assorti d’un baiser sonore.

Sous le coup de l’émotion, je la couvre de baisers quand soudain j’entends une petite voix s’élever :

– Ouh ! Ah piiiiiiique !

Je ne sais pas vous, mais moi je me suis poilée (même si, c’est vrai, elle pique un peu, sa bise).

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Telle mère, telle fille ?

En grandissant, NuméroBis devient une vraie petite chipie.

Mon Demi, lisant l’intro du billet par dessus mon épaule, croit bon d’ajouter :
– Tout comme sa mère !

Humph. Quoique. En effet, outre la ressemblance physique au même âge, nous avons quelque points communs. J’ai d’ailleurs découvert l’un d’entre eux assez récemment. Jugez plutôt : âgée de trois ou quatre ans, j’ai commis quelques vils forfaits avec une complice de ma classe dans le caniveau qui traversait la cave de ses parents.  Mon karma, déjà très en forme, a voulu que nous fussions prises en flag’ au moment même où nous pensions en réchapper !  Fin du flashback. Dernièrement, je gravissais les escaliers lorsque, à mi-course, mon pied a évité un objet fumant de justesse. Sachant que, fut une époque, NumberOne planquait l’affront bien calé dans ses slips, eux-mêmes roulés en boule (puis stockés au p’tit bonheur), j’ai donc immédiatement éliminé ce suspect. Mes soupçons se sont alors tout naturellement portés vers la cadette. Une rapide enquête a dévoilé le pot aux roses, odorantes les roses : les indices sous forme de traces suspectes marrons sous ses chaussures l’ont désignée, tout aussi irréfutablement qu’une trace ADN dans le labo scientifique de n’importe quel trublion de série policière.

Lorsque, avec ma belle-mère,  j’évoque la forte personnalité de mon héritière (on pense qu’elle va pouvoir prochainement dispenser des cours à l’Actors Studio puisqu’elle peut, en deux secondes, produire de vraies larmes de crocodile et invectiver au choix ses parents ou son frère dans son charabia indéchiffrable mais curieusement palpable), elle me répond invariablement : « Mais toi, tu le sais bien qu’il n’y a pas d’esprit sans malice*« . Vu sous cet angle, ma fille est un génie, incontestablement.

Elle tient de moi, à l’évidence…

C.Q.F.D. !

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* Entre nous, elle aurait très bien pu dire « The force is (also) strong in this one »,  mais elle n’a pas tout à fait les même références que moi…

Génération Geeko-mobile # 4

Le Père Noël a, comme chaque année et malgré les bonnes résolutions prises l’an précédent (moins de cadeaux, moins de dépenses), généreusement pourvu les enfants. NumberOne a notamment reçu une tablette Vtech grâce au concours gagné chez la Mère Joie.

Depuis, chaque soir, il y consacre une vingtaine de minutes. Hier, sa tablette à la main, il annonce :
– Maman, je prends mon ordinateur : je vais travailler dans mon lit !

Je ne cille pas (j’ai noté que la batterie montrait des signes de faiblesse), mais cette toute nouvelle routine suscite l’intérêt grandissant d’un mètre et quelques poussières de pitreries. Saisissant l’ardoise magique, elle se dirige vers l’escalier qui mène à sa chambre, prend un air important, se retourne et s’écrit :
– Maman, Bis ‘teur !

(Edit pour les non-initiés au langage NuméroBissien : « Maman, NuméroBis emmène son ordinateur ! »)

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Comment j’ai tué Mickey Mouse…

La journée avait pourtant débuté normalement. NumberOne m’a réveillée par une danse de son cru : « Valse du rhinocéros, une nuit d’été ».  Comme c’était l’automne et qu’il était 4 h, j’ai demandé à l’apprenti Noureev de cesser les répétitions afin qu’il soit en forme pour l’école. Je me suis recouchée, espérant retrouver le sommeil. Il n’est pas venu, la souris si ! Le cliquetis des griffes sur le parquet de ce rongeur qui rôde toujours dans le sous-plafond m’agace, m’irrite et me fait tourner et retourner dans le lit. Nous avons littéralement truffé la maison de choses succulentes (et mortelles) et cette bestiole, au mépris de toutes convenances hospitalières, dédaigne ces délicieuses attentions.  De guerre lasse, j’allume mon PC ; le bruit du réacteur fait office de ventilateur et camoufle les déplacements de l’importun.

A 7h30, je monte réveiller NumberOne. Mon Demi vient de faire deux tentatives sans succès ; à chaque fois, l’artiste a refermé la porte, son volet et éteint la lumière du plafonnier. J’ouvre la porte sans ménagement, appuie sur l’interrupteur, ouvre le volet et lance un « Bonjour !!! » joyeux et légèrement suraigu (ah, douce vengeance…). Je dois néanmoins enlever la couette pour que la marmotte sorte de son repaire et c’est gagné. Moins d’une heure plus tard, il part pour l’école. Et d’un.

Je termine mon thé quand j’entends : « Mamaaaaaaaaaaaaaaan !« . Lorsque j’arrive dans sa chambre, NuméroBis est debout. Sa duvette est à moitié ouverte, un bras sort par l’ouverture de la tête (ouate ?), et surtout « Mais qu’est-ce que ta couche fait ici ???« , elle s’est déshabillée. Oh, pas entièrement, elle ne sait pas (encore) faire. Mais les chaussettes, le pantalon et la couche ont été retirés sans ménagement et sont éparpillés parmi sa horde de doudous. Elle me tend les bras avec le sourire enjôleur dont elle a le secret : « Pi cou ! » (AKA « pipi couche » pour les néophytes). Échouée sur le matelas, débordée, la couche a fait ce qu’elle a pu pour tenir la marée, je ne lui en veux pas. Sans trop y croire, je croise les doigts naïvement pour qu’il n’y ait pas d’autres dégâts et m’aperçois que ce ne sera pas le cas. Les doudous font également partie des dommages collatéraux. J’installe NuméroBis à la table pour qu’elle prenne son petit-déjeuner et retourne dans sa chambre. Je dé-housse le matelas, emporte puis fourre un ensemble de doudous et draps dans la machine à laver, programme 30°c.

Scène reconstituée (la maison ne recule devant rien)

Après le repas, la demoiselle est douchée puis habillée et c’est là que je prends conscience d’une chose qui me fait froid dans le dos, malgré les 25 °c de la salle de bain. Parmi la population de doudous partie faire des ronds dans l’eau, se trouve Mickey, son préféré, celui que l’on peut cacher et retrouver au moyen d’une petite télécommande, celui qui ne doit jamais ô grand jamais passer à la machine (lu sur l’étiquette ET le mode d’emploi). Il est trop tard pour arrêter le lave-linge qui, de toute façon, a terminé sa tâche.  Je réalise avec horreur mon souricide. J’extirpe la victime, elle semble OK mais les piles, restées évidemment à l’intérieur, ne fonctionnent plus. Perdu, pour perdu, je lui fais faire son dernier voyage dans le sèche-linge ; s’il n’a plus ses propriétés de jeu de cache-cache, il pourra continuer à dormir avec NuméroBis.

Voilà, comment j’ai tué Mickey Mouse, cible innocente et non mouvante, alors que cela va faire un mois que nous en poursuivons une de chair et de sang.

Le seul bruit que je veux entendre en pleine nuit dorénavant, c’est le « CLAC ! » de l’un des pièges parfumés au comté 18 mois d’âge…

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Souvent NuméroBis varie

Il y a encore quelques semaines, NuméroBis boudait son père. Il voulait l’embrasser, elle détournait la tête, me faisait un sourire complice assorti d’un « Non ! » en direction de son paternel. Le même traitement était appliqué pour les câlins où elle hurlait en courant dans la direction opposée à celle de mon Demi…

Or, ce comportement a diamétralement changé. Aujourd’hui, lorsqu’il arrive, on peut voir le cérémonial suivant : d’abord un  « Papaaaaaaaaaaaaaa !« , puis NuméroBis surgit, radieuse, en quelques secondes, elle se précipite dans les bras de l’intéressé pour une séance de d’œillades, câlins et bisous offerts par la maison !

Que s’est-il produit ? Un miracle aurait-il eu lieu ? C’est beaucoup plus simple que ça.

La semaine dernière, alors que j’habillais la demoiselle du domaine, son papa est passé par là. Tout a changé à ce moment là, lorsqu’il lui a soufflé :

– Waouh ! NuméroBis, tu es belle ! Tu es vraiment jolie  !

 

Ça a suffi !

 
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Tous les cris, les SOS…

Les quat’zhabitants de la Cambrousse sillonnent Leroy Merlin à la recherche d’étagères modulables pour NumberOne et éviter ainsi de jouer à Koh-Lanta lors de chaque incursion dans ses quartiers. Après un arrêt d’une demi-heure au stand dessin que NuméroBis ne voulait plus quitter, nous atteignons enfin le graal. Soudain un cri désespéré se fait entendre :

– Mamaaaaaaaaaaaaaan !

Je vérifie : NuméroBis est à ma pogne gauche, NumberOne à côté de son père. Nous sommes au complet ! Vraiment, il y a des parents qui devraient faire plus attention à leurs rejetons… Je jette un oeil aux alentours pour trouver la source : sans résultat.

– Mamaaaaaaaaaaaaaan !

Cette fois-ci, c’est NuméroBis qui s’est exprimée, sur le même ton que le premier appel.

Je me demande si c’était simplement pour faire un jeu d’écho ou pour, à l’instar des chiens des 101 Dalmatiens (oui, j’ai des références qui claquent), relayer l’appel de détresse…

Wannabe

C’est mon anniversaire. J’ai reçu un cadeau deux jours en avance et n’en attends pas d’autres… mais surprise ! Mon Demi m’offre, charmante attention, un magnifique bouquet de lys et de roses. Je le remercie d’un baiser tout en me demandant où diantre je pourrais disposer la presque gerbe, sans qu’elle fasse tomber le vase à la renverse. Il me donne alors un sachet, lequel contient un paquet qui lui-même renferme… « ce n’est pas de moi, c’est ta soeur ! », un très joli bracelet*. Mon Demi me tend un autre cadeau en précisant : «  si ça ne te va pas, tu pourras l’échanger… ».  Il s’agit d’un vase épuré, de forme carrée, à fond très épais. Je suis ravie et soulagée d’interrompre mes pensives recherches du réceptacle des fleurs, il est parfait !

Lorsque mon Demi, soucieux, m’interroge : « ça te va, Chérie  ? », c’est une toute petite voix, non loin de moi, qui lui répond :  « oui ! »

C’est officiel, j’ai désormais une rivale…

* (encore merci ma grande !)

 

(edit. : en fait mon anniversaire, c’était hier, le 22)
(edit. 2 : c’était aussi celui de Mumaddict)