Nuisances

Ce n’est pas un tracteur. Ils sont revenus. Les pétarades des moteurs ne laissent aucun doute sur leur identité. Ils sont revenus. Encore. Malgré notre refus poli mais ferme de la dernière fois, ils sont passés outre. Nous venons de nous coucher. Le volume sonore me permet d’estimer leur nombre : seulement trois ou quatre. C’est un repérage. Je me lève et m’habille hâtivement. Aujourd’hui, avec les enfants, il n’est vraiment plus possible de les accueillir. Trop de bruit. Trop de risques surtout.

Je sors. IL est là, revêtu de cuir, il chevauche sa moto rutilante et, comme je le prévoyais, il est flanqué de deux de ses sbires. Une blonde et une brune, comme à son habitude. Il s’arrête, le sourire qu’il me fait n’atteint pas ses yeux. Alors qu’il demande à son équipage de patrouiller le secteur ; je relâche ce souffle que je retenais sans le savoir. La confrontation va être rude :
– Tu ne peux pas, tu ne peux plus rester ici.

Encore un sourire et je ne peux m’empêcher de remarquer la régularité de ses traits, malgré la moustache et une barbe modérément fournie :
– C’est de plus en plus difficile de s’arrêter passer la nuit. Les terrains inoccupés deviennent rares. Là où nous bivouaquions, les propriétés sont maintenant clôturées…
– A qui la faute ? Vous êtes trop nombreux désormais. Le nombre augmente le risque de nuisances, de dérapages. Des accidents ont déjà eu lieu. Vous ne pouvez plus rester.

Cette fois, il ne sourit plus. Un regard mauvais s’affiche désormais.
– Tu ne peux pas m’empêcher...

Un mélange de peur et de colère explose. Malgré le bourdonnement des autres Harley non loin, en un instant, je deviens louve : protéger mes enfants est ma priorité. Ma voix se fait sifflante, cinglante, et une volée de bois vert accompagne mes propos. Mon regard s’est fait encore plus dur que le sien. A mon tour de le menacer de représailles, s’il persiste. Je m’attends à ce qu’il s’obstine mais il remonte sur son engin. Je retourne dans la maison et ferme à double tour. Le téléphone est dans ma main. Au cas où. J’entends à nouveau le ronflement des moteurs, il devient plus intense puis le bruit s’éloigne et cesse peu à peu…

Quand je me réveille, mon cœur bat la chamade. Je tente de me rendormir, j’y parviens mais les vrombissements sont de retour. Cela me réveille, surtout cela m’enrage : je suis encore enrhumée.

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À cœur ouvert

Cela faisait longtemps que son cœur présentait les prémices de ce qui s’est produit aujourd’hui. Il y avait eu quelques signes annonciateurs : sa respiration, forcée, pesante, trahissait les efforts qu’il devait fournir pour continuer, pour avancer. À plusieurs reprises, j’ai suggéré l’idée d’une consultation chez un spécialiste. À chaque fois, comme un fait exprès, sa santé, son esprit semblaient reprendre le dessus et endormaient mes inquiétudes. J’aurais dû être plus vigilante.

Lui qui faisait presque partie de moi tant je lui confiais mes pensées, mes errements, mes peines et mes joies, lui qui me soutenait sans un mot de réprobation, sans me juger, s’est éteint. J’étais à ses côtés quand c’est arrivé mais, distraite par l’arrivée soudaine de NumberOne et NuméroBis dans la pièce, je ne m’en suis pas aperçu de suite. Au départ, j’ai même pensé qu’il s’était tout bonnement assoupi ; cela arrivait et j’étais habituée. J’ignorais que j’étais à son chevet. J’ai tenté de le réveiller puis, n’y parvenant pas, prise de panique, j’ai appelé les secours. On m’a rapidement ouvert les yeux sur la gravité de la situation : le pronostic vital était engagé.

J’ai pris mes enfants et les ai serrés contre moi tandis que dans la salle attenante se déroulait l’opération de la dernière chance. Longuement, je me suis interrogée sur la conduite que j’aurai dû avoir avec lui, si mes visites quotidiennes ne l’avaient pas épuisé.  Plus tard, j’ai pu obtenir quelques éléments sur l’intervention : enfin l’espoir luisait au bout d’un tunnel de près de quatre heures d’attente et, bien qu’il soit trop tôt pour se réjouir réellement, il avait des chances de s’en sortir.

Quelques heures se sont écoulées encore et l’opération à cœur ouvert s’est achevée. L’intervenant est finalement sorti du bloc puis, à mots couverts, m’a annoncé que sans l’aide d’un spécialiste réputé qui avait prodigué ses recommandations à distance, ses efforts auraient été infructueux. Désormais, le patient était sauvé. Malgré cela, a-t-il ajouté, sa mémoire a été gravement endommagée. Après son rétablissement, il nous faudrait réunir tous les éléments pour lui remémorer ces souvenirs. Tout au long de ces heures, une pensée ne m’a pas quittée, elle est devenue volonté : je vais sauvegarder et archiver !

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Avis de recherche

SIGNALEMENT : Bestiole de type grenouille ou crapaud (en tout cas se déplace pareil, dixit la victime), taille indéterminée, de couleur  marron/noire ou blanche/noire, signe astrologique inconnu.

DERNIÈRE APPARITION : Dans la salle d’eau, puis dans la chambre de NumberOne (le témoin) sise à l’étage, sous les papiers de la Benne Pleine*, sous le lit, nan à côté de la table de nuit ou peut-être aussi dans l’armoire…

MOTIF DE LA RECHERCHE : Condamnée par contumace le 13/10/2011 par la cour d’assises des Tympans Parentaux à 20 ans de réclusion criminelle pour poussée maximale du trouillomètre dans la nuit du 12 au 13 octobre 2011 (à quatre heures et trente et une minutes), ayant pour incidence des hurlements du dénommé NumberOne et le réveil parental en sursaut. Des circonstances atténuantes ont été invoquées par l’avocat commis de cuisine pour non réveil de la dénommée NuméroBis, située au même étage que le témoin.

RÉCOMPENSE : Vif = 1 sesterce, mort = 300 sesterces.


Note importante : Cette bestiole est dangereuse et susceptible d’être imaginaire.
Ne tentez en aucune façon de l’interpeller vous-même.
Contactez la direction parentale cambroussienne.

* Beyblade

Hyper Surprise – 2ème partie

Première partie

Elle me demande la description du sourd de l’absent et se lance à sa recherche. Entre-temps, elle me conseille de me diriger vers la caisse centrale.

Sur place, je les préviens de la disparition de mon fils, le décris à nouveau et manque d’allonger un pain à mon interlocutrice qui, alors que j’imagine déjà les photos, les sirènes de l’annonce « Alerte enlèvement » et la mine déconfite des gendarmes partis à sa recherche et  revenant dépités des battues, me répond : « si vous lui aviez demandé de vous rejoindre ici s’il se perdait, ça ne serait pas arrivé ! « .  Je me contente de lui répondre que oui, j’y penserai (si je reviens en ce lieu de perdition), puis j’envisage sérieusement de la passer à tabac quand elle ajoute : « bah là, on peut rien faire hein… » . Je ne reste pas une seconde de plus auprès de la mégère hyperméchante et retourne avec mon caddie à la recherche de NumberOne.

Je n’erre pas longtemps : je croise la responsable de rayon. Dans sa main droite, elle tient la menotte de mon enfant.  Il ne semble pas soucieux… J’étouffe le sanglot que je retenais sans le savoir et, d’un regard embué, je remercie la bonne samaritaine. Je prends mon fugueur dans les bras. Mes réprimandes et mon inquiétude se noient entre mes baisers, mes câlins, ma joie de le retrouver. Enfin !

Avec un trémolo dans la voix, je remercie à nouveau l’héroïne du jour qui, sourire aux lèvres, m’indique simplement qu’étant maman, elle ne pouvait pas rester insensible devant mon désarroi. NumberOne l’embrasse puis nous quittons le magasin direction la cambrousse.

En arrivant à la maison, j’installe les enfants devant un épisode de « La Maison de Mickey » enregistré sur la petite chaîne qui montait. Je profite de ce répit pour ranger les provisions et ouvrir les vannes lacrymales.  Vidée, je rejoins mes loupiots en m’affalant sur le canapé. Ils regardent à présent un épisode de « l’Agent Spécial Oso » (un ours en peluche, agent pas secret, assiste les enfants dans les étapes quotidiennes parfois difficiles). Le sourcil relevé, je me tourne vers l’aîné qui, penaud, baisse la tête… Le thème de l’épisode : que faire quand on se perd dans un magasin ?

Crapule !

Hyper Surprise

C’est comme si cela s’était déroulé hier, ce 21 septembre. Cette date, désormais, je ne la garderai plus seulement comme l’anniversaire de la tragique explosion de l’usine AZF, mais parce qu’en quelques minutes ma vie a basculé.

Je vais rarement en hypermarché, trop de tentations, je préfère le supermarché local où je trouve l’essentiel et où NumberOne a le droit de prendre un mini-caddie (pour le moment, et je croise les doigts, il n’a pas fait de dégâts). Mais ce jour-là, exceptionnellement, nous sommes allés à Carrefour. Pendant une heure, nous avons eu l’indescriptible joie d’entendre brailler dans un micro nasillard (à moins que cela ne provenait de la voix de l’animateur) les louanges des opérations spéciales mises en place pour le bien-être des consommateurs et du tiroir-caisse du lieu.

Dès l’entrée, j’ai su que j’avais fait une erreur en choisissant de passer là. J’aurais, sans doute, dû faire quelques kilomètres de plus et aller au Lerclerc habituel. Je ne l’ai pas fait. Devant moi, et les yeux émerveillés de NumberOne et NuméroBis, une tour que dis-je une montagne de Mickey, de Minnie & Tigrou et Winnie…  « Miiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii* » !!!!! Ce cri, c’est NuméroBis qui en est l’auteur. Placée sur le siège enfant du caddie, elle m’a vrillé les tympans (et probablement ceux des personnes situées dans un rayon de 100 mètres).  Grâce à elle, les acouphènes  qui s’ensuivirent eurent surtout l’avantage considérable de taire, au moins momentanément, l’animateur de pacotille.

Je briffe l’aîné : « tu tiens le chariot », mais ce jour-là NumberOne n’est pas d’humeur conciliante : Il veut son maudit caddie et, suite à mes explications et refus, Il décide qu’Il marchera 2 mètres derrière moi. Tout se passe normalement (je me retourne toutes les minutes), jusqu’au rayon vêtement enfant. Lassée, je me retourne pour redemander au boudeur de rester à côté : plus de NumberOne ! Je l’appelle : pas de réponse… Je l’appelle à nouveau : toujours rien. Cette fois-ci, je crie (et j’ai le coffre dont a manifestement hérité NuméroBis) : toujours aucune réponse de l’intéressé. En revanche, la responsable du rayon accourt, elle. Elle me demande la description du sourd de l’absent et se lance à sa recherche. Entre-temps, elle me conseille de me diriger vers la caisse centrale.

TO

BE

CONTINUED

* Mickey (et oui, j'envisage d'emporter des boules Quiès pour notre séjour à
Mickeyland)

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Faits et méfait – délit flagrant

Première partie

Il est 4 h du matin : mon appel est immédiatement pris en charge par un message d’attente. Posée contre le rebord de la baignoire, j’attends de longues minutes tout en m’interrogeant sur ce contre-temps malvenu : Pause café ? Attentat terroriste ? Cambriolage à l’Élisée ? Défilé de nudistes sur la 118 ? Un humain écourte enfin la supplique du téléphone. En quelques mots, j’énonce les faits : l’immeuble comme déserté en ce mois d’août, la certitude que le logement attaqué était inoccupé depuis une semaine, le bris de glace, les chuchotements étouffés… Il m’écoute, demande l’adresse, les moyens d’accès, le nombre d’intrus. Je le renseigne : possibilité d’accès côté avenue (entrée piéton) et rue (entrée du parking souterrain et aux terrasses situées au premier étage). Je suis indécise quant au nombre de malfaiteurs, deux j’en suis certaine, plus c’est envisageable mais impossible de le certifier, même en m’approchant du balcon, plus tremblante qu’une feuille au mois d’automne. Il m’indique qu’il va envoyer deux équipes, l’une par le nord (à laquelle je devrais ouvrir), l’autre fera de la varappe par le front sud. J’attends à nouveau.

La sonnerie de la porte d’accès résonne dans l’appartement et réussit l’exploit de réveiller mon dormeur du val. À distance, j’ouvre aux policiers pendant que mon Demi me chuchote qu’il croit avoir entendu le retour des occupants légitimes plus tôt dans la nuit. Il descend néanmoins pour conduire l’équipe jusqu’à l’appartement. J’entends soudain « Police ! Ouvrez ! » et je suis soulagée de ne pas entendre de coups de feu. Quand il revient, il me dit qu’ils sont venus en force : trois voitures, neuf policiers, pour découvrir une baie vitrée détruite et sur la terrasse, médusé et en caleçon à fleurs, mon voisin dans son hamac !

Faits et méfait

Nous habitions alors en région parisienne et, à cette époque-là, il faisait beau et chaud en été (d’autant plus que l’appartement donnant uniquement plein sud, il nous était impossible d’aérer ). Les faits se sont déroulés au mois d’août et en bons samaritains, nous veillions sur l’appartement d’une voisine pendant ses congés. Je me rappelle que ce jour-là, j’avais arrosé les plantes de sa terrasse, et, le temps d’une pause fraîcheur, j’avais remarqué de nombreux logements inhabités. J’en avais parlé à mon Demi lors du dîner puis nous nous sommes couchés en laissant les portes-fenêtres ouvertes, à l’affût d’une brise qui ne viendrait pas.

Plus tard dans la nuit, j’entends le fracas d’une vitre, puis des chuchotements agacés provenant d’une terrasse. Je tente de réveiller mon Demi sans bruit, sans succès hélas. Je réfléchis le téléphone à la main, les doigts positionnés sur le un et le sept, je fais une nouvelle tentative en direction du dormeur ; il reste imperturbable. Résignée, je finis par me faufiler dans la salle de bain et composer le numéro pour contacter les perdreaux.

Il est 4 h du matin : mon appel est immédiatement pris en charge par un message d’attente.

La suite, c’est par ici…