L’empreinte

Par un bel après-midi de fin d’été, assise sur son déambulateur posté sur le littoral du lac de Paimpont, une dame fouille un sac en plastique, en sort des quignons de pain qu’elle émiette et jette sur le rivage. Quelques canards au loin l’ont reconnue. Ils se précipitent à grands coups d’ailes quitte à donner du bec en arrivant sur le butin. Elle raconte quelques bribes de son histoire aux promeneurs qui veulent bien de s’arrêter. D’un poème breton appris en enfance qu’elle parvient à déclamer intégralement. De sa vie militaire avec son mari à Coëtquidan tout proche, des amis disséminés de part le monde. D’ailleurs, elle a un petit paquet de lettres à déposer à la Poste. Ses visiteurs d’un jour, inconnus quelques minutes plus tôt, auraient-ils la gentillesse de les déposer dans la boîte aux lettres située dans le centre ? Les facteurs apportent le courrier mais refusent d’en emporter. Nous acceptons, elle se lève nous embrasse sur les deux joues et remet une belle orange, jusqu’alors dissimulée dans le panier du déambulateur, à NuméroBis. Elle nous remercie une fois encore puis s’en retourne vers sa maison de retraite en nous rappelant son nom.
Sa silhouette qui s’éloignait, son attitude m’a rappelée une autre. Un visage tout aussi abimé par le temps,  une voix éraillée, des yeux bleus qui s’illuminaient malicieux dès qu’on lui rendait visite. Son amour pour sa maison, son jardin et ses parterre de fleurs d’où aucune mauvaise herbe jaillissait, et plus encore pour sa famille. Oh il y a eu des nuages : un petit-fils disparu trop tôt, son époux puis sa fille cadette. Elle s’en est allée les retrouver ce 15 septembre. Peut-être. Elle s’appelait Marie.
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