L’empreinte

Par un bel après-midi de fin d’été, assise sur son déambulateur posté sur le littoral du lac de Paimpont, une dame fouille un sac en plastique, en sort des quignons de pain qu’elle émiette et jette sur le rivage. Quelques canards au loin l’ont reconnue. Ils se précipitent à grands coups d’ailes quitte à donner du bec en arrivant sur le butin. Elle raconte quelques bribes de son histoire aux promeneurs qui veulent bien de s’arrêter. D’un poème breton appris en enfance qu’elle parvient à déclamer intégralement. De sa vie militaire avec son mari à Coëtquidan tout proche, des amis disséminés de part le monde. D’ailleurs, elle a un petit paquet de lettres à déposer à la Poste. Ses visiteurs d’un jour, inconnus quelques minutes plus tôt, auraient-ils la gentillesse de les déposer dans la boîte aux lettres située dans le centre ? Les facteurs apportent le courrier mais refusent d’en emporter. Nous acceptons, elle se lève nous embrasse sur les deux joues et remet une belle orange, jusqu’alors dissimulée dans le panier du déambulateur, à NuméroBis. Elle nous remercie une fois encore puis s’en retourne vers sa maison de retraite en nous rappelant son nom.
Sa silhouette qui s’éloignait, son attitude m’a rappelée une autre. Un visage tout aussi abimé par le temps,  une voix éraillée, des yeux bleus qui s’illuminaient malicieux dès qu’on lui rendait visite. Son amour pour sa maison, son jardin et ses parterre de fleurs d’où aucune mauvaise herbe jaillissait, et plus encore pour sa famille. Oh il y a eu des nuages : un petit-fils disparu trop tôt, son époux puis sa fille cadette. Elle s’en est allée les retrouver ce 15 septembre. Peut-être. Elle s’appelait Marie.

À la fortune du pot !

C’était l’heure du petit-déjeuner d’un matin d’été. Nous logions pour la quinzaine chez ma belle famille sur la côte vendéenne. Les enfants, matinaux comme ils savent l’être pendant les vacances, avaient déjà mangé et s’étaient confortablement installés devant la télé qui diffusait un dessin-animé criard.

A l’heure où je m’étais levée, l’haleine chargée et le cheveu hirsute, l’air était déjà doux. Je préparai tranquillement mon petit-déjeuner : pain grillé et ma marotte du moment, une confiture de gingembre so british. Alors que j’entreprenais de tartiner sans me tromper l’une sur l’autre, mon hôtesse apparût. Après les formalités d’usage, ma belle-mère s’intéressa au contenu du pot :
 Du gingembre ? Tu en prends souvent ?
En essuyant de l’index, un surplus du délice sucré, je répondis par l’affirmative.
Mais tu sais que, euh… Comment dire ? Sais-tu que ça échauffe les parties féminines ?

Devant mon air incrédule, elle crut bon de préciser :

 Mais tu sais que… euh… Comment dire… Sais-tu que ça échauffe les parties féminines ?
Je vais en reprendre…

Fausse route

Tu te rends compte que depuis plus de 20 ans que l’on se connait, que l’on se  supporte ?

Tu te rends compte qu’au long cours, la fausse routine, on s’est tout dévoilés, pas seulement nos atours mais aussi nos lâchetés, nos angoisses ?
Tu te rends compte qu’en 20 ans, on s’est aimé, boudé, disputé, réconcilié ?
Tu te rends compte que 20 ans et deux enfants plus tard, j’avais prévu de te faire une petite surprise ? Comme ça, sans raison.
Tu te rends compte qu’en sortant de la route, c’est toi qui m’a surprise ?
Tes 100 km/h sur une voie rendue glissante par la grêle contre le sur-matelas pour rendre le lit douillet.
Tu n’avais pas le droit.
Heureusement, tu n’as rien.

Méprise

C’était un vendredi de la fin de l’été. Je pianotais sur l’écran de mon iphone tandis que la télé diffusait une série policière que je regardais d’un oeil distrait.

Le lendemain, je me rendais à une sortie bloguesque dont je ne devrais plus tarder à vous parler. Puis la fatigue de la semaine aidant, je passais de la position assise à celle plus confortable de tireur couché pour enfin m’assoupir dans l’étroit canapé.

Vers deux heures du matin, je m’étais réveillée, la marque de la télécommande imprimée sur la joue gauche. En titubant, je m’étais dirigée vers le lit conjugal pour tenter de retrouver le sommeil.

Au petit matin, je m’étais étonnée auprès de l’homme qui partage ma vie :

  • Mais quand tu t’es couché hier soir, tu ne m’as pas souhaité une bonne nuit ?
  • Si
  • Cela ne t’a pas étonnée que je ne réponde pas ?
  • Non, la télé fonctionnait.
  • Je dormais… Tu n’avais rien remarqué ?
  • Si…
  • Ah !
  • Gibbs avait une moustache.

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La muse et moi

Il fut un temps où j’écrivais un billet chaque jour. Les mots dansaient, s’ajoutaient presque par magie sur la page. Puis, un triste jour, l’inspiration est partie. Avec une âme douce, elle s’est envolée. Les sujets restaient pourtant toujours présents, mais les mots refusaient de se coucher sur cette page obstinément blanche. Une grève des mots qui camouflait les maux. A bout de souffle.
 
L’inspiration est une salope, une allumeuse. Telle une anguille, elle s’échappe aux moments propices pour mieux nous surprendre ailleurs. Quand bébé pleure, quand vient l’heure de la préparation du repas, quand la maison est emplie d’invités… Elle fait son apparition. La mienne ressurgit essentiellement quand je conduis.Telle une belle-mère envahissante, elle pousse le vice à se manifester quand je suis en retard. Perfide, elle hait le réchauffé, et pour peu que j’ai la présence d’esprit de lancer le Dictaphone présent sur l’iphone, elle se dérobe à nouveau. L’inspiration a besoin du léger cliquetis que fait le clavier sous la danse de mes doigts. Elle se refuse aux carnets que je tente pourtant de garnir, quelques mots y sont jetés mais sans saveurs sans piments. Fades.
 
Alors ? Alors peut-être est-il venu le temps de refermer un lieu qui prend irrémédiablement de plus en plus la poussière ?
 

Fin novembre

Il y a des combats qui peuvent se gagner avec des mots.

Pour contrer ces maux, je laisse parler Mentalo.

La clé tourne doucement dans la serrure et elle se raidit, imperceptiblement. L’enfant dans ses bras fige son sourire et l’interroge de ses yeux muets, si verts, les mêmes que ceux de sa mère.

Il entre. L’enfant est prête, elle l’embrasse et la pose dans sa coque, l’harnache, se concentre sur la tâche pour ne pas penser, surtout ne pas penser, ne pas trembler, ne pas lui montrer qu’elle a peur.

Elle va dans la cuisine chercher les biberons, les petits pots qu’elle a préparés pour le week-end. Il la suit, s’arrête dans l’ouverture de la porte. Elle veut ressortir, il ne bouge pas. Elle ne comprend pas. Il ne dit rien. Machinalement, elle protège son visage d’une main, pendant que l’autre tient le petit sac isotherme, et passe la porte, alors qu’il ne bouge toujours pas.

Sa main s’abat, et avec lui la puissance de son bras. Il a cru qu’elle…

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La bicyclette bleue

34f56__4746639373_9114c61cd9_bC’est la première monture dont je me souviens.  Il y eut probablement un tricycle bien avant cette phase du premier « vrai » à roulettes mais son souvenir s’est estompé au fil du temps. Ce vélo d’un bleu ciel brillant était pourvu de roulettes qu’un jour on enleva. Mes genoux ont alors rencontré de nombreuses fois le bitume, j’ai en mémoire un renflement de l’enrobée qui à coup sûr me faisait chuter.
Cette écueil surmonté, j’ajoutais l’accessoire custom indispensable aux cyclistes de mon âge : la mise en place d’un système pétaradant en dotant les rayons d’une pince à linge au bout de laquelle se tenait une carte à jouer. Je m’y revois, vive comme l’éclair, fière de cet avertisseur chromé klaxonnant comme jamais dans le lotissement endormi.
Plus tard, à bord d’un autre vélo je fis de longues balades dans le village et ses environs, à la découverte de sentiers inconnus, de passages (oserais-je le dire ?) secrets tels que ceux décrits dans les péripéties du Club des Cinq qui me faisaient rêver. Je n’en ai jamais trouvé. Qui sait ? Peut-être me manquait-il Dagobert ? J’eu pourtant une aventure lors de mes nombreuses virées. Alors que je rentrais à la maison, par un fait je ne m’explique pas, je fis un soleil. Cette anecdote est toujours inscrite dans ma chair, le rayon qui s’était planté.

Chaque mercredi, la joyeuse troupe des premières fois composée de ZetteMHFCathyPapilucMentaloLilithJoufflettel’Herbe folleLaurentClemlamatriochkaCerysettedesboisLéia… se réunit pour disserter sur un sujet défini ensemble. Le thème de cette semaine (dernière): « premier véhicule ».