L’empreinte

Par un bel après-midi de fin d’été, assise sur son déambulateur posté sur le littoral du lac de Paimpont, une dame fouille un sac en plastique, en sort des quignons de pain qu’elle émiette et jette sur le rivage. Quelques canards au loin l’ont reconnue. Ils se précipitent à grands coups d’ailes quitte à donner du bec en arrivant sur le butin. Elle raconte quelques bribes de son histoire aux promeneurs qui veulent bien de s’arrêter. D’un poème breton appris en enfance qu’elle parvient à déclamer intégralement. De sa vie militaire avec son mari à Coëtquidan tout proche, des amis disséminés de part le monde. D’ailleurs, elle a un petit paquet de lettres à déposer à la Poste. Ses visiteurs d’un jour, inconnus quelques minutes plus tôt, auraient-ils la gentillesse de les déposer dans la boîte aux lettres située dans le centre ? Les facteurs apportent le courrier mais refusent d’en emporter. Nous acceptons, elle se lève nous embrasse sur les deux joues et remet une belle orange, jusqu’alors dissimulée dans le panier du déambulateur, à NuméroBis. Elle nous remercie une fois encore puis s’en retourne vers sa maison de retraite en nous rappelant son nom.
Sa silhouette qui s’éloignait, son attitude m’a rappelée une autre. Un visage tout aussi abimé par le temps,  une voix éraillée, des yeux bleus qui s’illuminaient malicieux dès qu’on lui rendait visite. Son amour pour sa maison, son jardin et ses parterre de fleurs d’où aucune mauvaise herbe jaillissait, et plus encore pour sa famille. Oh il y a eu des nuages : un petit-fils disparu trop tôt, son époux puis sa fille cadette. Elle s’en est allée les retrouver ce 15 septembre. Peut-être. Elle s’appelait Marie.
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La muse et moi

Il fut un temps où j’écrivais un billet chaque jour. Les mots dansaient, s’ajoutaient presque par magie sur la page. Puis, un triste jour, l’inspiration est partie. Avec une âme douce, elle s’est envolée. Les sujets restaient pourtant toujours présents, mais les mots refusaient de se coucher sur cette page obstinément blanche. Une grève des mots qui camouflait les maux. A bout de souffle.
 
L’inspiration est une salope, une allumeuse. Telle une anguille, elle s’échappe aux moments propices pour mieux nous surprendre ailleurs. Quand bébé pleure, quand vient l’heure de la préparation du repas, quand la maison est emplie d’invités… Elle fait son apparition. La mienne ressurgit essentiellement quand je conduis.Telle une belle-mère envahissante, elle pousse le vice à se manifester quand je suis en retard. Perfide, elle hait le réchauffé, et pour peu que j’ai la présence d’esprit de lancer le Dictaphone présent sur l’iphone, elle se dérobe à nouveau. L’inspiration a besoin du léger cliquetis que fait le clavier sous la danse de mes doigts. Elle se refuse aux carnets que je tente pourtant de garnir, quelques mots y sont jetés mais sans saveurs sans piments. Fades.
 
Alors ? Alors peut-être est-il venu le temps de refermer un lieu qui prend irrémédiablement de plus en plus la poussière ?
 

Une nuit ordinaire

Elle se leva en soupirant. C’était la quatrième fois cette nuit. Elle enfila ses chaussons puis, à pas de loups, elle se dirigea vers les chambres des enfants. À tâtons, elle chercha l’interrupteur de la veilleuse, nettoya l’enfant malade d’un gant imbibé de lotion, le déplaça sur une chaise et entreprit de changer les draps. Sa tâche accomplie, elle y allongea l’enfant, déposa un baiser sur ses yeux fiévreux et sortit de la pièce.

Elle ouvrit doucement la porte de la cadette. Comme à son habitude, cette dernière s’était endormie en faisant fi de la couette pourtant indispensable en cette saison. Elle couvrit la petite en s’assurant que les pans de la couverture retombe largement de chaque côté du lit. Elle embrassa la petite tête brune et, sur la pointe des pieds, retourna à sa chambre.

Le lendemain matin, sa compagne s’étonnera que les enfants ne se soient pas manifesté cette nuit. Elle sourira en pensant à ses collègues évoquant le syndrome de la surdité nocturne typiquement masculin.

Une nuit ordinaire en somme

Ellipse

La semaine dernière, NumberOne est rentré de l’école avec, comme souvent, l’envie de partager ses connaissances :

– Hé Maman ! Tu sais, il y a deux choses qui donnent de la mémoire. Tu sais quoi ?

– Moui… Tu le sais toi ?

– Ben oui, hein !

(NumberOne doit avoir du sang picard dans les veines).

– Et Papa, il sait ?

 

 

Je quitte du regard la batavia fraîchement cueillie et me tourne vers le loustic :

Je ne sais pas, tu lui demanderas quand il rentrera. Alors, cite-moi ce qui donne la mémoire…

Alors, d’abord il y a le poisson et puis le deuxième euh… je ne me souviens plus !

À grande grande stupéfaction, il semblerait que NumberOne ait hérité de certains de mes gênes dits du « poisson rouge ». Avouez, c’est plutôt déconcertant pour cette anecdote se termine en queue de poisson.

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Une question de mu-zig-alité…

Dans la voiture, NumberOne écoute le ronronnement de l’auto-radio, lequel fait tourner un CD de chansons du Ch’nord.

– C’est qui qui chante ?

Je lui réponds que c’est Renaud tout en garant la voiture afin de procéder aux quelques emplettes nécessaires avant que les pingouins (ou Lady Gaga) ne puissent danser la macarena dans le frigo.

De retour à la voiture, l’autoradio reprend sa mélopée et à l’arrière, ça ne loupe pas :

– Hé, maman ! Ecoute, c’est encore Twingo qui chante !

Tin ! Tin ! Tin !

Alllllez, clique !

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Mâle de mère

Ce matin-là, malgré l’épaisse couche nuageuse, une vingtaine de degrés se charge de nous rappeler qu’après tout, nous nous rapprochons de l’été. C’est dans cet esprit-là que je prépare un léger paquetage pour la journée de NumberOne.

8.10 : Bien qu’il soit levé depuis près d’une heure, il n’a toujours pas fini son petit-déjeuner. Je le houspille un peu, il se plaint de maux de ventre (imaginaires).

8.15 : Il s’assoit ou plutôt se vautre sur le sofa, le catalogue Playmobil dans les pognes et ne saisit un vêtement qu’au moment où je passe la tête dans l’entrebâillement de la porte.

8.20 : J’accélère la cadence en habillant directement l’insurgé, qui conteste mon choix vestimentaire :

– Tu veux vraiment que j’attrape un rhume de jambe !!!

 

Pas vraiment, non. Une recette pour qu’il soit aphone ?

L’ennui

J’avais six ans quand je suis allée au cinéma. J’étais en vacances à Paris dans le 15ème arrondissement, et comme à chaque fois, la personne qui m’hébergeait avait acheté le Pariscope en espérant trouver une activité qui occuperait une mouflette de mon âge (ainsi qu’une autre d’un an ma cadette). Faute d’avoir des petits-enfants, Léontine compensait en nous gâtant à chacun de nos séjours sur Paname. Ce jour-là, en ouvrant la bible, elle décida de nous emmener dans l’un des temples du 7ème art.

C’est ainsi que j’ai découvert une salle aux fauteuils en velours élimé rouge et aux parfums de popcorn, de tabac froid et de bonbons Kréma. Nous nous sommes installées, elle sortit les BN à la fraise et presque immédiatement le noir s’est fait. Après les réclames, le film a débuté : la succession d’évènements et protagonistes abscons qui s’ensuivit m’a plutôt ennuyée. Cette lassitude s’est muée en descente aux enfers quand un des personnages prit une décision terrible : opérer une chute démographique terrible en décapitant, semblait-il, la moitié de la population de son royaume. J’ai tourné la tête vers mon accompagnatrice, celle-ci dormait comme une bienheureuse.

Ce film c’était « Alice au Pays des Merveilles » revue par Disney. Je n’ai plus jamais aimé les casse-croûtes fourrés à la confiture de fraise.

Brrrrrr…

Chaque mercredi, la joyeuse troupe des premières fois composée de ZetteMHFCathyPapilucMentaloLilithJoufflettel’Herbe folleLaurentClemlamatriochka, Cerysettedesbois, Léia… se réunit pour disserter sur un sujet défini ensemble. Le thème de cette semaine : « Premier ennui au cinéma ».

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